La Ligne

You deleted this message

Vous utilisez certainement l’application de messagerie instantanée whats’app et comme nous tous, vous avez donc très certainement déjà envoyé puis effacé un message.
Avez-vous donc remarqué qu’il reste toujours à la place de votre message initial une notification « You deleted this message » visible par votre destinataire.

Pourquoi diable les développeurs de l’application ont-ils fait le choix de ne pas tout simplement supprimer le message, purement et simplement ?

Est-ce réellement nécessaire de laisser peser le fantôme de notre intention ratée sur notre conversation ? Pensez-vous que cela nous ralentisse dans nos envois de missives non réfléchies ? Je ne sais pas vous, mais il est vrai que cela fonctionne pas trop mal chez moi. Je n’en suis pas encore à tourner ma langue 7 fois dans ma bouche avant de parler, mais sur whats’app, je pèse un peu plus mes mots.

Néanmoins adepte du « retour en arrière », j’use parfois à tort et à travers de l’option de suppression du message – à absolument considérer avant que votre destinataire ait lu votre message.

Imaginez une conversation avec 3 ou 4 « You deleted this message » les uns à la suite des autres… mon interlocuteur peut naturellement sentir mon hésitation. La plupart du temps, cela  ne renvoi qu’un sentiment de doute; mais s’il s’agit d’une conversation « tendue », cela peut au contraire indiquer à votre interlocuteur que vous (re)pensez vos mots, que vous « redescendez en pression » ou au contraire « partez en vrille » totalement… tout dépendra de la teneur du dernier message envoyé et laissé visible.

Les paroles s’envolent et les écrits restent; du latin « Verba volant, scripta manent »

Pour pousser un peu plus loin la réflexion, je trouve intéressant de transposer cette fonction dans la vraie vie. Quittons le digital un instant et imaginons que nous sommes assis à une table, un verre à la main et quelques amis (pas plus de 6, à 1m de distance et avec des masques, respect du protocole sanitaire oblige). La discussion part inévitablement sur le sujet phare de ces 2 dernières années, la COVID-19 et les esprits s’échauffent…. « Moi j’aurais fait comme ça », « Tout ça c’est des conneries », « Tu rigoles les hôpitaux sont à bout de souffle », « Nous on est jeune, ils avaient qu’à confiner les vieux »…. bref vous voyez où je veux en venir.

Et bien, dans la vraie vie, on réfléchit, on parle, parfois on parle même avant de réfléchir mais tant pis. Les gens qu’on aime nous connaissent, acceptent nos incohérences, nos coups de gueule, …. et si on va trop loin me direz-vous ? Et bien on assume ! Grandir c’est prendre ses responsabilités. Grandir c’est être responsable de ses actes et ses paroles. 

Un jour, petite, nous étions chez ma tante avec mes parents, et j’ai fait tomber un pot de confiture plein sur le sol de la cuisine. Alors que mon réflexe premier fût de vouloir cacher ma bêtise, ma mère qui m’a prise en flag m’a dit » C’est pas grave Camille, ça arrive, mais tu vas dire à Sylvie que tu as cassé le pot et que tu as besoin d’une éponge pour nettoyer ». On nous apprend depuis tout jeune qu’il est primordial d’être honnête, qu’il faut assumer ses actions, que « faute avouée à moitié pardonnée »….

Le numérique – quant à lui nous dé-responsabilise. J’y vais un peu fort pensez-vous peut-être, mais j’ai des preuves : il n’y a qu’à comptabiliser le nombre croissant de jeunes (femmes le plus souvent) victimes de harcèlement en ligne. Bien que digitalisée, la communication n’en reste pas moins un message passé d’un envoyeur et son receveur… et comme au baseball, se prendre la balle en plein visage peut faire mal.

Alors souvenons-nous toujours que même s’il n’est question que de mots balancés sur l’immensité de la toile, ils vont finalement arriver à destination. Et parfois il vaut mieux 10 « you deleted this message » qu’une attaque 2.0 !

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